Week-end spéléo à la Verna (Pays-Basque)
– spéléo et randonnée –
🗺️ Informations techniques
Ces informations ainsi que les tracés sont donnés à titre indicatif. Nous vous déconseillons de les utiliser tels quels ! Préférez vous référer à une carte de randonnée pour préparer votre voyage.
| Jour | Date | Rando | Durée | Lien |
| 3 | 16/05 | Sortie spéléo « les Grandes Salles » | 9h (9h -> 18h) |
https://laverna.fr/fr/aventures-speleo/grandes-courses/les-grandes-salles |
| 4 | 17/05 | Sortie spéléo « Arphidia » | 6h (13h -> 19h) |
https://laverna.fr/fr/aventures-speleo/aventures-sportives/arphidia |
| 5 | 18/05 | Ravin d’Arphidia Passerelle d’Holtzarte en A/R |
2h30 2h |
https://gb-rando.blogspot.com/2019/08/ste-engrace-8-la-verna-par-arpidia.html https://www.topopyrenees.com/randonnee-passerelle-dholzarte-600m/ |
Cette aventure toute particulière, nous l’avons partagé à neuf.
9 joyeux lurons, venus de toute la France ou presque, qui se sont d’abord rencontrés dans les souterrains étroits, humides mais toujours chaleureux de la région parisienne.
Les années ont passés, les vies se sont éclatées. Paris, Rennes, Perpignan, Toulouse, Brest, … mais reste une passion commune. Celle de l’exploration dans les entrailles de la terre.
Introduction
De chez nous dans les Pyrénées Orientales, il faut longer toute la chaîne des Pyrénées pour se rendre jusqu’au Pays-Basque. On remonte de Perpignan à Narbonne avec le Canigou sur notre gauche et la mer à droite, puis on entre dans les terres direction Toulouse, jusqu’à Pau, notre porte d’entrée sur les Pyrénées Basques.
Cette épopée dans laquelle nous nous lançons cette année est étroitement liée à une autre, qui a commencé dans la même voiture, sur le même chemin pour le Pays-Basque, un an auparavant.
Nos péregrinations nous avait alors emmenées jusque dans les sous-sols calcaires du pays de la Soule pour explorer la grande salle de La Verna et faire un tour le long de sa rivière souterraine jusqu’à la salle Adélie. En sortant, les yeux pleins d’étoiles, de cailloux, et le téléphone débordant de photos, nous en avons bien sur parlé à nos amis des souterrains.
L’idée émerge alors rapidement. Nous allons revenir tous ensemble pour faire une expédition à la Verna ! La machine est lancée. La date est fixée en mai de l’année suivante. Les plus libres viendront 6 jours et les autres 4. En comptant les temps de trajets jusque dans le fin fond du Pays-Basque, ça nous laisse 2 jours complets.
Deux jours, deux descentes. Le programme devient ambitieux. Les esprits s’échauffent, du fin fond de notre canapé. Pas forcément tous très sportifs, mais très motivés. Je fais les réservations, le planning, les menus, pour qu’on puisse se concentrer exclusivement sur nous, et la spéléo.
Mai arrive.
Jour 1 – Jeudi 14 mai
Arrivée aux chalets d’Iraty
Nous voilà donc en voiture, à longer la chaîne des Pyrénées. C’est un voyage presque spirituel, de faire en 4h ce que Flo et moi avons mis 2 mois à traverser à pieds. La route est calme, il n’y a pas grand monde. Le soleil est hésitant, en cette fin du mois de mai. Les prévisions pour la semaine sont plutôt pessimistes : de la pluie, du froid, un rayon de soleil le dernier jour. Heureusement qu’on vient pour de la randonnée souterraine.
Nous retrouvons le reste du premier groupe à la gare de Pau, fraîchement débarqués de Paris. Il est midi. Nous avons des courses à faire et un bon bout de route jusqu’aux chalets d’Iraty où nous attends notre gîte pour la semaine. Pas de temps à perdre !
Notre expérience avec les stages de croisière des Glénans nous est d’une grande aide pour l’organisation culinaire: prévoir les menus à l’avance, et faire la liste stricte des ingrédients avec les recettes, pour le nombre de personnes données. Plus quelques fioritures pour le petit déj, le goûter et l’apéro, et nous voilà équipés pour la semaine.
Nous nous entassons à 4 dans notre petite voiture, avec les bagages et les courses, grâce aux talents de Tetris de Flo et une certaine souplesse dans les jambes de nos passagers. Nous zigzaguons et grimpons jusqu’au fond du pays de la Soule. Le mercure baisse à vue d’œil, et quand on arrive à 1400m d’altitude, il fait une dizaine de degrés. Avec de la pluie, comme prévu.
Une fois les clés du chalet récupérées, nous commençons par allumer un feu dans la cheminée, non sans mal car je n’ai pas du tout pensé à prendre d’allume-feu. Pendant que d’un côté, ça s’active à faire du petit bois sous la pluie, de l’autre on prépare notre premier repas.
Nous dégustons nos tagliatelles carbonara, le dos agréablement réchauffé par le poêle. Le chalet prévu pour 10 personnes sonne étrangement creux, l’air a un petit goût d’incomplet. Il manque quelque chose, ou plutôt quelques uns…
Jour 2 – Vendredi 15 mai
Balades autour des chalets d’Iraty
A 9h du matin, le gîte est toujours plongé dans le calme. Je me lève discrètement pour aller aux toilettes. En passant devant la fenêtre du salon, je jette un coup d’œil derrière les rideaux et là, surprise !
Une épais tapis de blanc recouvre la voiture, la table de pique-nique, les arbres, les bâtiments. Il y a bien 15 centimètres ! Au bout de la route, la déneigeuse passe à toute vitesse, poussant une vraie muraille de neige.
Je retourne à petit pas dans la chambre et glisse en rigolant à un Flo encore tout endormi un joyeux « C’est Noël ! ». L’effet est immédiat : il bondit sur ses pieds et se précipite à la fenêtre. Quelques minutes plus tard, nous voilà tous dans le salon à prendre des photos pour nos copains qui arrivent dans la journée. Ils ont du mal à nous croire. A les entendre, on aurait fait un montage avec l’IA !
Nos plans de randonnées étant mis à mal par cette couche de neige imprévue, nous partons pour une simple balade dans la forêt pour récupérer du pain à l’épicerie. Les arbres aux jeunes feuilles vertes ploient sous la neige. Des branches se cassent régulièrement ou bien se libèrent de leur fardeau en laissant choir un gros paquet de poudreuse blanche bien fraîche, et tant pis si quelqu’un se trouve dessous !
Nous marchons et jouons dans la neige comme des enfants, pieds et mains mouillés. De retour à la maison, nous nous séchons devant le feu. Après le déjeuner, l’après-midi s’étire lentement comme un chat, dans le crépitement du bois, les bribes de conversation. La neige continue de tomber par intermittence.
Vers 16h, des coups résonnent au carreau. Des petits bonshommes de neige, les bras chargés de sacs de course, attendent en grelottant que l’on daigne leur ouvrir ! Le reste de notre équipe est arrivée et ils paraissent toujours abasourdis par cette neige !
C’est un joyeux remue-ménage qui se déclenche alors, entre les embrassades, le rangement des courses, le rapatriement des sacs de voyages. Un empilement de chaussures apparaît dans l’entrée. Le gîte se remplit.
Difficile de résister à une nouvelle petite balade sous la neige dans l’excitation de l’arrivée. Nous pataugeons dans la soupe humide et terreuse du sentier forestier, sans entacher notre motivation. Sur le retour, nous faisons un saut, ou plutôt une glissade, vers la crête d’Organbidexka pour profiter du point de vue.
Les lourds nuages bouchent complètement la vue sur les sommets mais on parvient tout de même à apercevoir la vallée ensoleillée sous nos pieds, avant de rentrer tant bien que mal au gîte sur le chemin glissant.
L’équipe de cuisine est déjà attelée au travail pour le repas du soir. On sort à grignoter, à boire. La soirée passe vite. La fatigue se bat avec l’excitation. Le deuxième groupe s’est levé aux aurores pour prendre le train, et demain on doit faire la même chose pour être à Sainte-Engrâce à 9h pétante. Vaut mieux profiter d’une bonne nuit de sommeil.
3ème jour – Samedi 16 mai
Sortie « Les Grandes Salles », 9h-18h
Le réveil pique, à 6h15. Je lance le café, le thé et sort le nécessaire pour les sandwichs, bientôt rejointe par les autres. On prépare nos pique-nique en blablatant d’une voix ensommeillée. Il y a un petit air sérieux dans l’air. C’est une grosse journée qui nous attend.
Pique nique fait, petit déj pris, table débarrassée, bouteilles d’eau remplies, sac à dos fermés. On enfile les chaussures et à 8h précise, les voitures démarrent. Quelle ponctualité. Notre petite avance nous permet de traverser sans stress les troupeaux de vaches et de brebis qui squattent la route pour descendre dans la vallée. La journée promet d’être pluvieuse, mais peu importe, nous allons dans les entrailles de la terre.
L’accueil de la Verna est bien calme quand nous arrivons. Notre guide est déjà là, tout seul à son bureau, et il a l’air presque surpris de nous voir. Flo et moi reconnaissons Dominique, notre guide de l’année dernière. Il plante notre groupe devant la vidéo de présentation de la grotte, le temps que Flo et moi remplissions les dernières formalités pour la visite. Vient ensuite la distribution et essai des combinaisons de spéléo et nous voilà prêts à monter jusqu’à l’entrée de la cavité.
Le trajet en voiture n’est pas très long, une vingtaine de minutes environ, sur une étroite piste en béton qui serpente en pente raide jusque haut dans la montagne. Difficile de croire que l’immense grotte de la Verna se situe en réalité au-dessus de nos têtes en terme d’altitude quand on se trouve à Sainte-Engrâce.
Devant l’entrée, une nouvelle petite séance d’explications passionnantes vient nous préparer à notre visite, à propos de la cavité, de notre parcours, et du matériel que nous allons utiliser. Nous enfilons les casques avec lumière, baudriers équipés de descendeurs, longes et poignées. On dirait des vrais spéléos !
L’entrée du tunnel se situe derrière une petite porte en métal verte qui ne paye pas de mine. Poutant, on sent la force de ce qui se trame à l’intérieur lorsqu’il faut la manipuler. Un puissant courant d’air peut empêcher d’ouvrir ou de fermer le passage, résultat des différences de température entre l’intérieur et l’extérieur.
Nous marchons plusieurs minutes à la queue-leu-leu dans le long tunnel de béton, en prenant garde de ne pas se cogner la tête au plafond. L’air ambiant est à 5 degrés et avec les muscles encore froids, je grelotte dans ma combi. Mais je sais bien que ça ne va pas durer.
On est en basse saison et la salle de la Verna n’est pas éclairée. On comprends ce qu’on dut ressentir les explorateurs en arrivant là-dedans. Le plafond est si haut que c’est impossible de le distinguer, tout comme les parois tout autour. On marche dans un océan de ténèbre. Comme si on avait été engloutis par un énorme monstre, comme Pinocchio dans le ventre de la baleine. Nous aurons droit à l’illumination de la salle à notre retour, ce soir. Pour l’instant ne subsiste que le mystère. Le chemin apparaît au fur et à mesure de nos pas, dans le halo pâle de nos lampes. Nous suivons un étroit sentier, suivi d’une volée de marches rasant la paroi. Nous savons que nous suivons la rivière grâce à son grondement assourdissant qui nous force à crier pour nous entendre. L’escalier finit par déboucher sur une plateforme métallique à côté du barrage de la SHEM.
Voici notre dernière halte en terrain urbanisé. La suite se déroule hors des sentiers battus.
Les premiers pas demandent un temps d’adaptation. Le corps entier se met en mouvement pour nous permettre d’évoluer au milieu des chaos rocheux. Le caillou est bon, en chaussure de randonnée on ne glisse pas. Mais il faut sans cesse prendre gare à ne pas se tordre une cheville ou à bien se rattraper après avoir évité un obstacle.
Le premier passage délicat ne tarde pas à apparaître. Il s’agit d’une petite vire rocheuse où il faut se longer pour éviter de tomber à l’eau. Elle débouche sur une barre de fer servant d’appui pour les pieds pour nous faire sauter par-dessus la rivière. Notre guide est là à l’atterrissage pour s’assurer que personne ne finisse à l’eau. La manœuvre est aussi impressionnante que dans mes souvenirs. Tout le monde s’en tire à merveille, même pour celles.eux souffrant de vertige. L’aventure continue.
« Les premiers pas demandent un temps d’adaptation. Le corps entier se met en mouvement pour nous permettre d’évoluer au milieu des chaos rocheux. »
Nous nous retrouvons dans la salle Chevalier, qui fait près de 400m de long. Ici, les pioniers ont bien cru toucher le bout de la grotte en 1953, avant de découvrir l’incroyable grande salle. Ils ont même laissé leurs initiales sur un rocher. Il faut dire que le passage est sacrément étroit, on passe presque à quatre pattes, dans le lit de la rivière ! A un endroit où il n’y a que un ou deux centimètres d’eau mais tout de même.
La salle Chevalier ne manque pas non plus d’impressionner par ses dimensions. On perd régulièrement le contact visuel avec le plafond. La rivière coule incessamment à nos côtés, des fois calme, des fois en un torrent violent, parfois en jolies petites cascades. Je jette un coup d’œil de temps en temps à ce qui se passe autour de moi, mais je garde surtout les yeux sur mes pieds et là où ils se posent.
Après avoir traversé la salle, à coup de petites escalades, de glissades à flanc de pierriers, et de traversées de rivière, nous atteignons le « passage caractéristique » permettant de rejoindre la salle Adélie. C’est une étroiture dans laquelle il faut ramper, juste au bord de la rivière.
Après un petit pas délicat sur un caillou dont la tête sort tout juste de l’eau, il faut se mettre à plat ventre et se tortiller dans le passage, mais pas trop pour ne pas tomber dans la rivière. Le nez au sol, la douce odeur de terre humide des souterrains est envahissante. La sensation de la pierre dure et froide sous les genoux, les voix de copains, la lumière mouvante des lampes… pendant quelques secondes, on se croirait dans les catas.
Nous dépassons bientôt le point où nous avions fait demi-tour, Flo et moi, lors de notre dernière visite. L’inconnu s’offre à nous. Nous continuons de monter en crapahutant de rocher en rocher. Il faut sortir les longes pour passer une arête, les pieds sur une largeur d’à peu près 5cm, et le vide derrière.
Après toutes ces émotions, la fatigue commence à se faire sentir. Nous marchons depuis plus de 3h. En haut d’un chaos rocheux, entre la salle Adélie et la salle Quéffelec, notre guide nous propose une pause déjeuner bienvenue.
Nous mangeons assis sur des cailloux, dans le calme. Nous avons laissé la rivière bien plus bas.
Je dévore avec avidité mon sandwich kiri-faux-jambon-la-vie en rêvant secrètement d’une petite sieste. Au vu de notre progression et de notre fatigue, nous n’irons pas jusqu’à la salle Loubens, qui est considéré comme « l’arrivée » de cette sortie. Et encore moins la salle Lepineux !
Ce n’est pas tellement dur techniquement, tout le monde est capable de marcher. Mais les gros rochers, les cailloux branlants, les passages de rivière, se lever, se baisser, descendre sur les fesses, tout ça demande vraiment beaucoup d’attention. Et encore plus dans le noir.
Après notre petite pause, nous repartons vers la salle Quéffelec, qui n’est plus très loin. Le terrain se transforme un peu. Les rochers deviennent glissants. La salle est moins large, un peu moins haute aussi. Nous atteignons l’entrée du « métro », ou pas trop loin en tout cas. Je m’y précipite par une glissade sur les fesses non-contrôlée. La salle se transforme en une galerie longue et plutôt étroite qui donne effectivement un sentiment de tunnel de métro. Paradoxalement, c’est l’endroit qui fait le plus sensation, car les murs et le plafond ont beau être toujours assez loin, ils sont à portée de lumière, et on se sent alors vraiment dans les entrailles de la terre, pas juste dans un trou béant plongé dans la nuit.
Notre guide nous propose de faire demi-tour ici et tout le monde accepte de bon coeur. Il est déjà plus de 14h et le chemin du retour promet d’être long. J’ai l’esprit un peu embrumé par le noir et la fatigue. J’ai du mal à imaginer dans quel état sont nos amis qui ont si peu dormi deux nuits d’affilées. Heureusement, tout le monde suit le fil avec attention, et finalement c’est ma glissade sur les fesses qui sera le plus gros incident de la journée.
Nous ne reprenons pas exactement le même chemin au retour, Dominique nous fait passer par une belle cheminée à échelons qu’il faut désescalader en étant bien accroché avec les longes. Il semble encore à 100% de sa forme, lui ! Il n’a de cesse de nous rattraper et de nous maintenir dans les passages délicats pour nous éviter de tomber à l’eau ou de glisser sur une pierre.
Quand finalement, presque 3h plus tard, nous arrivons sur la plateforme grillagée à côté du barrage, il me semble que nous sommes partis depuis des jours et que nous avons fait le tour de la terre par l’intérieur ! Un sol stable et plat sous les pieds semble être un luxe incroyable.
Dominique nous installe sur les marches qui descendent du barrage vers la salle de la Verna, toujours plongée dans les ténèbres. Il nous fait profiter d’une mise en lumière spectaculaire. D’abord un petit mannequin tout seul, à plusieurs mètres sous nos pieds. Puis la cascade qui descend du barrage. La salle en haut de l’escalade d’Aranzadi, à 200m en face de nous, de l’autre côté de la salle. On distingue les mannequins taille humaine qui ne sont pas plus haut qu’un petit pois, vu d’ici. C’était là où passait la rivière il y a 200 000 ans.
Eclairage du bas de la salle de la Verna avec une seconde plateforme de visite et des petits mannequins en jaune
Et enfin le ciel, immense, écrasant, aux couleurs ocre et beige. Une contraction de la croûte terrestre qui nous enveloppe de toutes part et fait perdre la notion de l’espace. On voudrait prendre une photo, emprisonner en pixels cette sensation grandiose, mais l’écran est trop petit, il semblerait qu’il faille tasser la salle pour la mettre dans nos téléphones. Alors nous restons là, bouche bée, la tête renversée vers le ciel, à essayer de capter juste avec nos cerveaux le moment présent.
C’est l’heure de sortir. Nous retournons dans le tunnel de la SHEM en direction du monde extérieur. Tous excités, ravis, fatigués. Encore un peu sonnés par la longue marche, les acrobaties. On retire nos baudriers, nos casques, nos combis qui sont un peu plus sales qu’à l’entrée. Mes gants imbibés de terre et d’eau libèrent mes doigts tout froids et fripés. C’est la queue aux toilettes avant de redescendre – et oui, 8h sous terre, ça demande de la retenue !
Nous avons rendez-vous de nouveau demain, à 13h. Le temps de faire une belle grasse matinée ! Même si Dominique essaye de nous convaincre d’aller faire une balade dans le coin le matin, je crois que personne n’arrive vraiment à se projeter jusque là. Pour l’instant, je suis incommensurablement attirée par un café et la douche qui nous attend au bout de la route.
Il est 19h quand nous arrivons au gîte, après les interminables lacets dans la forêt puis la montagne. La neige n’a pas encore tout à fait fondue.
Les rôles se dispatchent. Les uns à la douche, d’autres qui allument le feu, sortent l’apéro, font un léger thé pour se réchauffer. Les appareils à raclette prêtés par l’accueil nous attendent sagement, ainsi que nos patates cuites la veille. Il n’y a plus qu’à manger !
Nous finissons la soirée par une « petite » partie de jeu de carte… Avant de tomber de fatigue les uns après les autres droit dans nos lits.
4ème jour – Dimanche 17 mai
Sortie « Arphidia », 13h-19h
Comme prévu, notre petite maisonnette demeure bien calme assez tard ce matin. Nous avons convenu d’un brunch en guise de programme de la matinée. De toute façon, Iraty est toujours enveloppée dans les nuages.
Une de nos ami.e.s, Pauline, reste au gîte pour l’après-midi. Elle a atteint puis dépassé le summum de sa résistance au vertige pendant notre expédition d’hier, et la sortie d’aujourd’hui est annoncée comme « aérienne ». C’est trop pour cette fois !
A midi, nous décollons pour retrouver notre guide préféré à Sainte-Engrâce. Le check-in est beaucoup plus rapide : nous avons déjà nos combis, on connaît le matériel, l’histoire, y’a plus qu’à entrer sous terre. Les sacs sont beaucoup plus petits, sans sandwichs et avec de l’eau pour seulement une demi-journée. Et heureusement, car là où nous allons nous faufiler, vaut mieux ne pas être trop encombrés, croyez-moi.
Nous entrons par le tunnel, comme la veille. Mais au lieu de bifurquer à droite vers la salle de la Verna, nous prenons à gauche et passons une cordelette qui barre un autre tunnel, direction « Arphidia ».
C’est une nouvelle course, qui a ouvert l’année d’avant et qui porte le nom du ravin se situant au-dessus – celui qui mène d’ailleurs à l’entrée de la grotte quand on monte à pied.
Au bout du tunnel, la roche est trouée comme si ce n’était qu’un mur, pour déboucher sur une pente qui s’enfonce latéralement dans la terre. En guise d’échauffement, il faut se longer à une main courante et descendre en faisant le tour d’un pilier naturel, le long de la pente, à moitié sur les fesses car on ne passe pas debout. Nous nous retrouvons dans un étroit boyau où il y a tout juste la place pour mettre les pieds sur une corniche. En appui avec les bras de chaque côté de la paroi, on peut avancer tranquillement, en faisant attention à chaque pas. Dessous, à un ou deux mètres, coule la rivière.
J’ai l’impression de me faufiler dans l’estomac de la montagne. Le boyau se contracte autour de nous. La rivière est juste sous nos pieds maintenant. Nous progressons en opposition, les parois aux formes irrégulières donnent de bonnes prises pour les mains et les pieds, mais il faut parfois se tortiller, se ratatiner ou faire un grand écart pour passer. La pierre rêche m’irrite les mains à travers mes gants fins.
Retour de la longe car la rivière s’est éloignée sous nos pieds. Ou alors c’est nous qui sommes montés ? Difficile à dire. Nous allons devoir traverser le « passage de la douche ». Dominique nous a prévenu : ce n’est pas difficile mais il ne faut pas se laisser perturber par l’eau qui nous tombe dessus ! On doit traverser en sécurité, sans oublier de ne jamais détacher ses deux longes en même temps !
Et effectivement, le « chemin » passe sous un espèce de puits aux parois ruisselantes d’eau, qui arrose comme une pluie d’orage. En quelques secondes, ma combinaison, mes mains, mes cheveux se retrouvent trempés. Je garde mon sang-froid, rit un coup, change de main courante et me retrouve de l’autre côté. Mon voisin du devant est aussi extatique que moi, et tout aussi trempé. Tout va bien.
L’adrénaline et l’effort m’empêchent d’avoir froid, ou ne serait-ce que de m’en préoccuper. Dans la prochaine section, nous devons passer à quatre pattes sous un ciel couvert de stalactites, sans les abîmer et sans mettre les pieds dans la rivière non plus. Dominique nous fait remarquer les différentes concrétions : les fistuleuses, les excentriques, les draperies.
Nous arrivons bientôt au premier puits à descendre. Petit récap sur les manips et chacun notre tour, sous le regard attentif de notre guide et sous son assurage, nous enfilons la corde sur notre descendeur, libérons nos pieds du sol, pour glisser avec plus ou moins de fluidité jusqu’à l’étage du dessous où attendent patiemment les autres, ravi.e.s et mouillé.e.s.
Un second puits nous attend un peu plus loin, où cette fois nous descendons par nous-même, sans l’assurance de Dominique, mais toujours sous son œil vigilant. Le délicat frisson de l’aventure me parcours l’échine tandis que je met mes pieds dans le vide.
La galerie s’élargit peu après, et le sol se termine en surplomb d’un vide sombre et profond qui dégringole sous nos pieds, tandis que le ciel s’étire aussi de le noir au-dessus de nos têtes. Nous sommes à un carrefour avec une autre galerie, et c’est là que notre chemin s’arrête. Pour nous faire la démonstration de la profondeur du vide sous nos pieds, notre guide lance un caillou. Il lui faut quelques secondes avant qu’un petit bruit sourd ne nous signale son atterrissage. C’est sûr, on ira pas plus loin !
Nous prenons une petite pause en discutant, maladroitement installés sur notre petit surplomb. Dominique nous raconte comment cette section a été découverte par erreur lors du creusement du tunnel et comment elle a été aménagé l’année passée. Depuis, il semblerait qu’elle soit constamment en cours d’amélioration.
Quelques minutes plus tard, nous commençons à rebrousser le chemin. Par hasard je me retrouve devant, moi qui ai plutôt l’habitude de fermer la marche. Je suis envoyée plus ou moins en éclaireuse et j’essaye vaillamment de ne pas me tromper de chemin. La petite colonne se déploie derrière moi. Nous repassons forcément par les mêmes endroits, mais les remontées des puits sont différentes.
Lorsque nous arrivons au bas de la première « via ferrata », on ne fait pas bien les malins ! Au-dessus de nos têtes, sur une quinzaine de mètre, s’élève une paroi presque à la verticale. Elle est jalonnée de barreaux en fer et d’une main courante qui permettent de grimper en sécurité. Il faut tout de même alterner entre les barreaux et des appuis sur la paroi, devant, derrière, en opposition, pour atteindre la galerie supérieure.
La fatigue est très différente de celle d’hier. Elle est sourde, latente, se replie dans le fond du corps. Mais elle est impuissante à vaincre l’adrénaline, tant que le corps reste en mouvement.
Nous nous plions, nous grimpons, glissons, nous hésitons, nous nous faufilons.
Trempés, gelés, mais contents.
La première, je m’enfile dans les boyaux sombres. Je suis comme le cordon dans une capuche. Le noir m’engloutit. Derrière, la douce lueur de mes amis me pousse vers l’avant. C’est excitant, terrifiant, d’ouvrir la marche, sans indices sur comment appréhender le terrain aléatoire sous mes pieds. Ne pas se précipiter, ne pas tomber dans la rivière.
Puis nous arrivons au bas de la dernière petite grimpette à faire avant de retrouver le tunnel conçu pour les humains. Déjà ! En deux temps et trois mouvements nous voici de retour avec nos deux pieds sur la terre ferme.
Mais Dominique n’en a pas encore fini avec nous. Il nous emmène à sa suite dans la grande salle de La Verna, pour nous faire ressentir la grandeur du lieu. Nous quittons le chemin en béton pour les chaos de roches jusqu’à atteindre le bas de la salle. Il nous faut une bonne vingtaine de minutes pour toucher le fond, au pied de la grande escalade d’Aranzadi, celle de 80m de haut. Nous croisons plusieurs mannequins qui nous paraissaient tout petit vu d’en haut… Et maintenant c’est nous qui sommes tout petits !
C’est fascinant de se rendre compte que la rivière disparaît là, sous la roche, sans plus laisser aucune trace. Elle qui est si tempétueuse quelques dizaines de mètres au dessus. Nous passons à côté de la fameuse cascade qui apparaît sur les prospectus. Elle est très impressionnante une fois qu’on est à côté, et encore, elle n’est pas à sa pleine puissance malgré les pluies des derniers jours. Où va-t-elle, dans quels méandres trouve-t-elle son chemin avant de rejoindre les gorges de Kakuetta ? On ne sait pas.
Nous remontons sur la plateforme. Ça y est, la fatigue commence à percer le flow qui nous maintenait debout. Nous sommes ravis, exténués, un peu transits de froid à cause de nos vêtements toujours mouillés. J’ai hâte de revoir la lumière du soleil. J’en rêve, tandis que nous parcourons le long tunnel qui nous ramène vers la sortie.
Une fois dehors, il faut s’extirper de la combi humide et boueuse qui colle. Je retrouve mes mains toutes fripées d’humidité. Quel plaisir simple que de pouvoir les passer sous l’eau claire. Nous redescendons promptement à l’accueil de la Verna pour rendre le matériel et remercier chaleureusement notre guide pour l’aventure incroyable qu’il vient de nous faire vivre.
Il est déjà presque 19h. Quel après-midi ! Sur le chemin du retour, nous rêvons déjà à notre prochaine sortie souterraine. Peut-être l’année prochaine, qui sait.
Pauline a déjà bien avancé le repas quand nous arrivons, pour notre grand bonheur à tous. La soirée se déroule tranquillement. Après manger nous jouons aux cartes, bavardons, et finissons par nous endormir, bercés par la chaleur des braises restantes dans la cheminée.
5ème jour – Lundi 18 mai
Ravin d’Arphidia (2h) et Passerelle d’Holtzarte (2h)
Dernier jour pour une bonne moitié de l’équipe, déjà !
Nous partons vaillamment de (pas trop) bon matin pour profiter des beautés extérieures du coin, en faisant un petit tour dans le ravin d’Arphidia. Oui, encore ! Mais par la forêt cette fois. C’est une boucle toute simple, qui commence sur le GR10, encaissée entre les falaises verdoyantes. Ça fait du bien de marcher au milieu des fougères et des arbres après deux jours sous terre.
Même si ça grimpe un peu, on y va tranquillement, pour avoir le temps de profiter du paysage.
On sent un peu de fatigue dans le groupe, quand la moitié d’entre nous s’étalent au soleil sur la route goudronnée qui mène à l’entrée de la grotte de la Verna.
Une fois notre petit tour terminé, nous prenons les voitures et tentons d’aller pique-niquer sur les hauts plateaux montagneux de la Pierre Saint-Martin. Mais les nuages en ont décidé autrement et le col est complètement bouché, on y voit pas à deux mètres. Changement de plan, on se rabat sur la première table de pique-nique de la descente qui ne soit pas dans le nuage.
C’est ici que nous disons au revoir aux premiers qui retournent dans leur contrée, avec fort câlins et embrassades.
Nous ne sommes plus que 5. L’estomac plein, avec l’après-midi devant nous et un temps un peu plus clément en redescendant dans la vallée, nous décidons de nous arrêter à l’auberge Logibar pour aller voir la passerelle d’Holtzarte, en un simple aller-retour.
La randonnée est courte et intense. La montée est toujours aussi raide ! Mais la vue à couper le souffle et l’absence quasi totale d’autres personnes à cette période de l’année en vaut vraiment la peine. Nous restons un long moment à contempler le vide et faire des photos ensemble avant de redescendre tout tranquillement pour manger une délicieuse glace au lait de brebis à l’auberge, en compagnie des poules.
Puis nous rentrons pour préparer nos affaires. Demain, c’est le grand départ. Nous profitons de notre dernière soirée ensemble.
6ème jour – Mardi 19 mai
Départ
Celui-là, c’est le dernier des derniers. Le départ est un peu précipité, en fait la route se révèle plus longue que ce que prévoyait le GPS ! On est vraiment au bout du monde… et du coup, on a un peu couru pour que les parisiens attrapent leur train en temps et en heure. Heureusement, ils ont réussi à monter dedans.
Et Flo et moi, nous voilà reparti le long des Pyrénées, direction la méditerranée. Avec plein de beaux moments dans la tête, et le cœur tout chaud de ces quelques jours avec les copains.
– Galerie photos –
Sur la crête d’Organbidexka
Les nuages bouchent la vue sur les sommets et notamment le pic d’Orhy qu’on peut voir d’ici, normalement
Porte d’entrée de la Verna
L’entrée dans la grotte de la Verna se fait par une petite porte en fer qui ne paye pas de mine
Première vire rocheuse avec un pas difficile – sortie « Grandes Salles »
Une petite vire rocheuse qui donne sur une barre de fer permettant d’enjamber la rivière
Notre groupe d’amis prêt pour la sortie « Grandes Salles »
Notre fine équipe fin prête pour la sortie « Les Grandes Salles » de la Verna
Quelques explications avant de commencer – sortie « Grandes Salles »
Petite séance d’explications dans le tunnel de la SHEM menant à la salle de la Verna
Passage étroit menant à la salle Chevalier – sortie « Grandes Salles »
Passage étroit menant à la salle Chevalier, les pieds dans la rivière
La salle Chevalier – sortie « Grandes Salles »
« La salle Chevalier ne manque pas non plus d’impressionner par ses dimensions. On perd régulièrement le contact visuel avec le plafond. «
Passage pour rejoindre la salle Adélie – sortie « Grandes Salles »
Passage étroit très proche de la rivière permettant de rejoindre la salle Adélie
Rivière souterraine dans la salle Adélie – – sortie « Grandes Salles »
Sentier le long de la rivière souterraine dans la salle Adélie
Pause déjeuner entre la salle Adélie et la salle Quéfellec – – sortie « Grandes Salles »
Pause déjeuner à l’abri du vacarme de la rivière
Etroite corniche – – sortie « Grandes Salles »
Quelques pas délicats sur une étroite corniche au-dessus du vide
Passage pour rejoindre la salle Adélie – – sortie « Grandes Salles »
Passage étroit caractéristique le long de la rivière pour rejoindre la salle Adélie
Entrée du passage du métro – sortie « Grandes Salles »
Non loin du passage du « métro », on commence à distringuer la forme de tunnel caractéristique
Escalade dans un passage en rochers – sortie « Grandes Salles »
Grimpette dans un passage de rochers chaotiques
Descente en via ferrata – sortie « Grandes Salles »
Descente par un passage équipé d’échelons style via ferrata
La salle de la Verna
Eclairage du bas de la salle de la Verna avec une seconde plateforme de visite et des petits mannequins en jaune
La salle de la Verna
En face de nous, l’escalade « Aranzadi » avec les petits mannequins jaunes dans la salle finale, où passait la rivière souterraine
Début de la sortie « Arphidia »
Corniche étroite au-dessus de la rivière souterraine de la sortie « Arphidia »
Passage étroit au dessus de la rivière – Sortie « Arphidia »
Nous progressons en opposition, les parois aux formes irrégulières donnent de bonnes prises pour les mains et les pieds
Premier puit à descendre – sortie Arphidia
Florian se prépare à descendre dans le premier puit sous le regard attentif de notre guide
Passage délicat – Sortie Arphidia
Florian dans un passage un peu délicat au-dessus de la rivière souterraine
Descente sur corde – sortie Arphidia
Atterrissage après la descente sur corde sous l’oeil attentif de mes camarades
Arrivée en bout de galerie – sortie Arphidia
On arrive au bout de ce qu’il est possible de parcourir sous le ravin d’Arphidia
Au pied de la via ferrata – sortie Arphidia
Le groupe de copains qui attendent au pied de la via ferrata
Remontée en via ferrata – Sortie Arphidia
« Au-dessus de nos têtes, sur une quinzaine de mètre, s’élève la paroi du boyau presque à la verticale. Elle est jalonnée de barreau en fer et d’une main courante qui permettent de grimper sans trop de mal. »
La fatigue
« On sent un peu de fatigue dans le groupe, quand la moitié d’entre nous s’étalent au soleil sur la route goudronnée qui mène à l’entrée de la grotte de la Verna. «
Les cimes enneigées du Pays-Basque et la vallée verdoyante de la Soule
Les cimes enneigées du Pays-Basque et la vallée verdoyante de la Soule
Premiers pas dans les souterrains
« Les premiers pas demandent un temps d’adaptation. Le corps entier se met en mouvement pour nous permettre d’évoluer au milieu des chaos rocheux. »
Début de l’aventure souterraine – sortie « Grandes Salles »
Le long de la rivière souterraine au tout début de la sortie « Les Grandes Salles »
– Fin du voyage –
Merci d’avoir suivi cette aventure avec nous ! ❤️
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