Road Trip dans les montagnes du Pays-Basque
– randonnées, spéléo, campings et nature –
🗺️ Informations techniques
Ces informations ainsi que les tracés sont donnés à titre indicatif. Nous vous déconseillons de les utiliser tels quels ! Préférez vous référer à une carte de randonnée pour préparer votre voyage.
| Jour | Date | Rando | Distance (km) | Dénivelé + (m) | Dénivelé – (m) | Lien |
| 2 | 09-août | Crête et Col d’Organbidexka | 3,14 | 164 | 164 | Crête et Col d’Organbidexka (Visorando) |
| 3 | 10-août | Pic des Escaliers | 7,34 | 438 | 438 | Arthanolatze et le Pic des Escaliers (Visorando) |
| 4 | 11-août | Olhadübi par la passerelle d’Holzarte | 13,17 | 868 | 868 | Olhadubi par la passerelle d’Holzarte (Visorando) |
| 7 | 14-août | Gorges d’Ehujarre | 17 | 1100 | 1100 | Canyon d’Ehüjarre en boucle (Topopyrenees) |
| 8 | 15-août | Sortie « Adélie » à La Verna | Aventures Speleo Adélie (La Verna) | |||
| 16 | 23-août | Corniche des Alhas | 4 | 230 | 230 | |
| 17 | 24-août | Pic des Trois Rois | 20 | 1640 | 1640 | Le Pic des Trois Rois (Topopyrenees) |
Remerciements spéciaux à mon papa adoré qui relit et corrige tous les compte-rendus 💕
Avant de commencer ce récit, je dois vous dire que ce voyage n’a pas été tout à fait ce à quoi je m’attendais.
Déjà, Florian et moi nous sommes partis en voiture, ce qui n’était pas tellement dans nos habitudes. Et cette même voiture censée nous faciliter la vie, nous a fait faire quelques détours et arrêts… imprévus…
Jour 0 – jeudi 7 août
Pourtant, tout a bien commencé.
Nous sommes arrivés au Pays-Basque un bel après-midi d’août au bout de plusieurs heures de voyages depuis le Lot, chez mes parents. Après trois jours de fête dans une ville envahie par les Bandass et leurs chants grivois, la douce ambiance feutrée du camping naturel d’Iraty est d’un calme saisissant.
Notre petite voiture s’engouffre cahin-caha sur le chemin bosselé qui serpente entre les emplacements. Les tentes sont disséminées entre les arbres, dans un cadre très intimiste. Nous trouvons une petite clairière un peu bancale qui nous plaît bien pour monter le camp. Pas de tente ultra-légère pour un camping-voiture, nous installons la tente 2 secondes black-and-white de Decathlon. Elle est sensiblement plus large et surtout, elle permet de faire la grasse matinée.
Aussitôt installés, nous repartons vers l’accueil des chalets d’Iraty. Il y a de l’animation ce soir autour de la salle hors-sac. Un barbecue de ventrèche servie dans la taloa, un pain basque, avec de la tome de brebis d’Iraty (le fameux Ossau-Iraty) nous plonge tout de suite dans les saveurs du pays.
Le soleil se couche doucement. La petite salle de spectacle de l’établissement nous accueille contre quelques euros. Deux groupes locaux vont nous régaler les oreilles: Kalakan, jouant des instruments et des musiques basques, et Léa et Anuxka (lire “Anouchka”) qui, dans un superbe duo de guitare et de chants, remixent des chansons connues dans la langue de leur région.
Les sonorités du basque sont vraiment étonnantes, si proches du français et pourtant les mots n’ont ni queue ni tête. J’ai l’impression de voyager à l’autre bout du monde par les oreilles.
Nous rentrons nous coucher alors que la nuit est déjà bien noire et les étoiles bien brillantes.
Le groupe Kalakan joue des morceaux de musique avec des instruments traditionnels basques: à gauche, de l’alboka, au milieu en stand-by un txalaparta et à droite un txistu (référence)
Mettez-vous dans l’ambiance pour ce CR en écoutant Kalakan ! 🎶
Jour 1 – vendredi 8 août
Les rayons du soleil peinent à trouer le couvert des arbres, laissant longtemps la forêt plongée dans une douce fraîcheur. Lorsque nous faisons surface dans notre petit trou de verdure, la vie est douce, belle, couverte de mousse verte et moelleuse. Les oiseaux chantent. Les enfants jouent.
La journée avance au rythme du hamac qui se balance. Elle s’imprime au bout de mon pinceau. Il n’y a rien de plus apaisant qu’une journée de repos dans la forêt.
Jour 2 – samedi 9 août
Crêtes d’Organbidexka depuis les châlets d’Iraty
Nous ne pensions pas revenir en ville si vite, mais le chapeau de Florian a mystérieusement disparu. Avec la canicule en cours, il est impensable de se lancer dans une randonnée sans avoir remplacé ce précieux couvre-chef.
Nous nous retrouvons donc à déambuler dans les rues animées de Saint-Jean-Pied-de-Port, où se côtoient joyeusement vacanciers, randonneurs, pèlerins, et des gens à la recherche d’un chapeau. Heureusement ce carrefour des marcheurs ne manque pas de boutiques de randonnée, et Flo a tôt fait de trouver son bonheur. Quitte à se retrouver en ville, nous en profitons pour faire un petit tour des remparts et des vieilles rues en pierre, en se remémorant nos souvenirs du GR10. Après un arrêt à la crêperie pour le midi, nous repartons vers les montagnes. Je sors de ma place de parking en heurtant méchamment un bout de trottoir dont j’avais oublié l’existence. Pauvre petite voiture.
La journée est bien entamée, le soleil tape fort. Nous partons pour une petite balade sur les crêtes d’Organbidexka, sur les hauteurs des chalets d’Iraty, non sans s’être étalé une bonne couche de crème solaire et avoir pris deux litres d’eau pour notre petite heure de marche sous l’impitoyable boule de feu.
Les montagnes basques sont un régal pour les yeux. Leurs habitants, vaches, moutons, chevaux, s’ébrouent et gambadent dans les plaines d’herbe grasse (enfin, aussi grasse que possible pour un mois d’août). Des nuées d’oiseaux nous survolent, et ça et là on reconnaît la silhouette caractéristique d’un vautour fauve qui plane. Il y a quelques randonneurs, aussi aventureux que nous. C’est une belle balade, pour une première. Nous n’avons fais que quelques kilomètres mais nous rentrons en nage, ravis de filer à la douche.
Jour 3 – dimanche 10 août
Pic des Escaliers
Désormais équipés de nos fidèles chapeaux, nous pouvons passer aux choses sérieuses.
Le Pic des Escaliers est un incontournable du GR10. Enfin si, bien sur, il peut être contourné, mais ce serait fort dommage de manquer la vue offerte en récompense à celui qui le gravit.
Avant d’arriver au sommet, cependant, nous avons assez mal choisi notre départ. Nous parcourons la D18 sur près de 4 kilomètres avant d’arriver au pied du GR10, que nous prenons à revers pour retourner vers Iraty. (Sur la carte, je vous ai mis la randonnée conseillée plutôt que celle qu’on a faite).
Le chemin est raide et dégagé, en plein soleil. Un pauvre arbre tout seul projette une ombre au sol dans laquelle nous tenons péniblement à deux le temps de boire un demi-litre d’eau chacun. Le sol s’élève par à-coups, en escalier, et nous fait suer à grosse goutte – ou alors c’est à cause du soleil.
Tout cela pourrait sembler bien pénible s’il n’y avait pas le paysage pour nous réconforter.
Le sommet du Pic des Escaliers s’apparente plutôt à un « turon », un espèce de crâne dégarni et sec. A peine arrivé, on a juste hâte de se sauver. Le déjeuner reste dans le sac – il n’y a pas un poil d’ombre où se cacher pour manger un sandwich, et l’intérieur de mon cerveau est déjà mollet comme un oeuf. Heureusement, au bout de la descente, un énorme tronc posé à l’ombre de grands pins nous accueille tel un confortable canapé . Affamés et déshydratés, nous pouvons nous offrir une pause royale, d’autant qu’il ne reste plus beaucoup de chemin à faire. Une fois repus et rafraîchit, nous rentrons par la forêt en bavardant gaiement.
Le luxe d’avoir une tente déjà montée à l’arrivée et des repas (un peu) variés, sans parler du vidéo-projecteur dans la tente, me fait glousser de plaisir. À vrai dire, ce n’est pas pour autant que je dors mieux qu’en trek, mais ça enlève quand même un peu de travail quotidien !
Jour 4 – lundi 11 août
Boucle Ohladübi et passerelle Holtzarte (1ère partie)
Notre parenthèse enchanteresse dans les bras touffus du camping d’Iraty s’achève pour le mieux. Aujourd’hui, nous reprenons la voiture pour un voyage, ô incroyablement long de 30 kilomètres jusqu’à l’auberge de Logibar.
Nous avons eu la supide idée de grimper à la passerelle d’Holtzarte en début d’après-midi, avec presque 40 degrés à l’ombre, pour pouvoir passer la nuit au cayolar d’Ohladübi.
La proximité du gave nous préserve de la chaleur sur quelques centaines de mètres, mais c’est seulement pour mieux nous réduire à néant ensuite. Nous montons lentement et ruisselant.
C’est un soulagement de se réfugier derrière la passerelle, à l’ombre des arbres. Assis sur un caillou, nous regardons passer nos congénères. On croise de tout d’ici: des enfants, des chiens, des amoureux, des trailers (OMG mais ils sont fous), tous plus ou moins liquides et au bout de leur vie.
Nous continuons de monter. Le flot de randonneur se tarit. Toutes les personnes saines d’esprit sont redescendues pour remplir leur bouteille d’eau désespérément vide. La boucle est trop longue pour une fin d’après-midi. Il ne reste donc plus que les grdistes, et nous.
C’est un plaisir de retrouver le cayolar d’Ohladübi. A première vue, il n’a pas changé. Mais le livre d’or mentionne le remplacement des escaliers qui se sont fait découpés pour être mis au feu de bois (?!). Un autre randonneur est déjà installé pour la nuit. Il est encore tôt alors Flo et moi nous gagnons la rivière en contrebas pour nous rafraîchir. On y croise plein de randonneurs, qui continuent leur route. Personne n’a envie de s’arrêter au cayolar !
S’ensuit une séance de soins intensifs sur un petit grdiste. Il marche en basket défoncées, avec deux énormes ampoules sanguinolentes aux pieds. Dans son sac hyper léger de 5kg, lequel il manquait tout de même une pharmacie avec un paquet de compeed. Nous lui laissons nos pansements, et après un petit coup de désinfectant, une aiguille et du fil, et des bons gros scotchs épais, il tire une meilleure mine et repars presque en sautillant. J’espère qu’il a réussi à finir sa traversée.
Pour nous, l’heure du dîner approche. Nous le partageons avec notre colocataire, sur le petit banc en bois à l’entrée du cayolar, face au coucher du soleil. Il nous fait découvrir sa technique pour manger des sardines chaudes sans réchaud: il faut ouvrir la boite, mettre deux ou trois feuilles de PQ sur le dessus, dans l’huile, y mettre le feu avec son briquet, refermer et attendre 10 minutes. C’est super ingénieux, et Flo confirme que c’est très bon.
À la tombée de la nuit, une colonie de randonneurs débarquent à la cabane et saluent notre nouvel ami. Ils se croisent souvent sur le GR et ils ont une légère tendance à partir un peu trop tard ! Malgré l’heure, la lumière déclinante et le manque criant de places de bivouac décentes à proximité, ils ne tiennent pas du tout à dormir dans la cabane. Je n’ai plus qu’à leur souhaiter bon courage pour s’installer sur les berges de la rivière.
Cette journée trépidante et riche en rencontres s’achève sur une petite tisane au clair de lune, sous un ciel baigné d’étoiles, au pied des montagnes.
Jour 5 – mardi 12 août
Boucle Ohladübi et passerelle Holtzarte (2ème partie)
À notre réveil, notre coloc est déjà parti pour continuer son aventure. Nous, on est pas bien pressés, alors on petit-déj et on remballe tranquillement. Curieux, en repartant on tente de repérer le campement des retardataires. On le trouve au ras de l’eau, à côté des cascades, et sur des cailloux. Je grimace en pensant à la nuit bruyante et inconfortable qu’ils ont du passer.
Nous poursuivons notre balade, protégés par les ombres de la montagne. La descente de retour à Logibar se fait sans encombres. Peu pressés de retourner à la civilisation, nous nous passons un long moment dans le lit du torrent pour profiter des relents de fraîcheur de l’eau glacée.
Nous n’avons qu’une vague idée de l’endroit où nous allons nous installer ensuite. J’ai un camping en vue: Ibarra, non loin de Sainte-Engrâce, où nous avons prévu une étape pour aller visiter la grotte de La Verna
Il s’avère que nous ne sommes pas les seuls à avoir eu cette idée; en fait, le camping est rempli de spéléologues. On voit leurs cordes et leurs combis sécher dans les arbres. Ils sont venus en nombre, le camping est complet. Nous nous rabattons sur le camping le plus proche, un peu au nord, à Licq-Athérey, attenant à l’hôtel Chez Bouchet. Il a le net avantage d’être bien moins peuplé, avec de l’ombre et… Avec une piscine !
Avec le vif soulagement d’avoir trouvé où dormir, nous nous installons pour les prochains jours. Une amélioration notable se fait sentir car nous avons pris une place avec l’électricité. C’est moins charmant que la nuit à Ohladübi ou le camping d’Iraty mais ça fera très bien l’affaire.
Jour 6 – mercredi 13 août
Jour de retour à la civilisation. Nos roues nous emmènent jusqu’à Oloron-Sainte-Marie pour trouver une laverie et faire des courses. On ne peut pas toujours échapper aux choses de la vie, même en vacances.
La journée se termine au cinéma du Luxor, confortablement installés dans de profonds fauteuils avec un gros pot de pop-corn sucré bien mérité.
Jour 7 – jeudi 14 août
Randonnée dans les gorges d’Ehüjarre et le ravin d’Arphidia
Après cet interlude en ville, nous repartons à l’assaut des montagnes. Florian nous a concocté une rando combinant deux gorges que nous voulions voir: le ravin d’Arphidia, dans lequel passe le GR10 et qui rejoint la grotte de la Verna, et les gorges d’Ehüjarre (à prononcer “Éhudiaré”).
Nous nous garons dans la petite ville de Sainte-Engrâce, déjà envahie d’autres véhicules de visiteurs.
Pourtant, nous ne croisons personne sur le sentier dans la fraîcheur des gorges. Nous suivons puis quittons le GR10 pour continuer le ravin d’Arphidia. Les parois rocheuses nous entourent, recouvertes de mousses et de fougères d’un vert presque fluo. Par moment on discerne à peine le ciel bleu à travers l’épaisse canopée. Un gros tuyau d’évacuation d’eau troué et rouillé apparaît et disparaît dans la végétation, comme un fil conducteur nous guidant jusqu’à la grotte de la Verna. La végétation perle encore de la rosée du matin, se mêlant à notre sueur dans un frisson de fraîcheur bienvenue. Dans ce décor jurassique, je m’attends à tout moment à voir passer un tyrannosaure ou à entendre le cri strident d’un ptérodactyle. Mais seules les trilles joyeuses des oiseaux viennent perturber le silence.
Peu après avoir croisé la route qui mène à l’entrée de la grotte de la Verna, la forêt laisse place à la steppe d’altitude, couverte d’une herbe épaisse et sèche. Le paysage se dégage et la vallée apparaît en contrebas. Quelques chevaux solitaires aux puissants muscles et aux gros sabots parsèment le paysage. Nous restons à bonne distance, n’hésitant pas à détourner notre chemin pour ne pas les croiser de trop près.
Le sentier serpente sur les hauteurs entre champs d’herbes et timides forêts de pins et de rochers, puis redescend dans les gorges d’Ehüjarre. Florian étouffe une exclamation de déception en arrivant au bord des rochers dominant la vallée. Le torrent qui dévale les gorges est complètement à sec. Nous sommes privés d’un spectacle de cascades qui, paraît-il, vaut le détour. La vue n’en reste pas moins grandiose.
Nous redescendons avec joie profiter de la fraîcheur conservée par les arbres. Vers l’heure du goûter, nous tendons le hamac entre deux arbres pour savourer une pause dans le calme des sous-bois.
Cette rando était tout simplement superbe, et nous rentrons au camping apaisés par tant de beauté. Notre petite tente nous attend sagement, le tarp légèrement décoiffé par le vent qui a soufflé toute la journée.
Jour 8 – vendredi 15 août
Sortie « Adélie » dans la grotte de la Verna
C’est avec excitation que nous prenons la voiture pour partir à l’aventure en ce vendredi 15 août. Jour férié peut-être, mais pas pour les accompagnateurs de la grotte de la Verna ! Nous nous sommes inscrits trois jours avant à une sortie « Adélie », randonnée de 4-5h dans les entrailles de la terre.
Savamment équipés et briefés par notre accompagnateur, nous pénétrons par une vieille porte en fer dans un boyau rocheux.
La température chute brutalement, passant de plus de 35 degrés à 5 petits degrés en quelques mètres. Je referme ma combi de spéléo sur ma polaire en frissonnant et vérifie que mon casque est bien attaché, que ma lampe frontale fonctionne bien. Nous parcourons à la queue-leu-leu les quelques centaines de mètres du tunnel EDF menant jusqu’à la fameuse cavité. Dans une alcôve fermentent des fûts de vin, vieillis à la Verna, pour une expérimentation avec les vignobles locaux. On sent que quelques uns ont déjà envie d’y goûter !
De l’étroit passage nous permettant de passer un par un, nous débouchons subitement dans l’immense salle qui fait la réputation de la grotte. Éclairée de haut en bas, ses dimensions titanesques font tourner la tête. En face de nous, sur l’autre paroi presque 245 m plus loin, des marionnettes taille humaine ne semblent pas plus grande que des playmobiles. Entre le sol et le plafond, 194m de vide, et nous au milieu, tout petits. En 2003, il y a même eu un vol de montgolfière à l’intérieur de la salle !
Mais la visite ne s’arrête pas là. Notre groupe d’une petite dizaine de personnes poursuit vers l’amont de la rivière, dans une nouvelle cavité aux dimensions plus raisonnables. Nous dépassons le barrage EDF qui capte l’eau de la rivière souterraine. Le sol est glissant et l’air est froid. Le sentier de béton laisse place aux rochers anarchiques du véritable sol de la grotte. Nous voilà hors des sentiers battus.
Très vite, il faut dégainer les mousquetons et suivre une petite vire, assurés à une main courante, les pieds à quelques centimètres du vide. Le guide nous fait sauter d’une barre métallique suspendu entre deux rochers jusqu’à une petite plateforme qui luit d’humidité. Peu rassurée, mes pieds glissent et je ne dois qu’à la poigne de fer du guide de ne pas finir les fesses dans l’eau.
Nous continuons d’avancer dans une cavité si grande qu’on croirait marcher de nuit, sous le plafond plongé dans le noir. Le parcours est chaotique comme une randonnée en montagne. La petite file de lumière s’étire, monte et descend au gré des rochers. Nous suivons la rivière qui apparaît de temps en temps en contrebas, jusqu’à devoir la traverser à gué en sautant de cailloux en cailloux.
Nous n’en avons pas fini. Pour accéder à la salle Adélie, il faut se glisser dans une étrange chatière. Le long de la rivière, le ciel s’abaisse jusqu’à toucher le sol, à quelques dizaines de centimètres de la rivière, formant un boyau tout juste assez haut pour s’y glisser et atteindre l’autre côté du mur de roche sans se mouiller. Chacun son tour, nous nous tortillons avec énergie pendant quelques mètres sur le sol dur et froid, les mains dans la terre, le souffle court, ignorant la crainte de glisser et tomber à l’eau, jusqu’à réussir à se dégager, attraper le sac du suivant et lui laisser la place.
Après cela, il fait nettement plus chaud sous la combinaison étanche de spéléo. Un petit coup d’eau, une barre de céréales sortie du sac, et c’est reparti. Le sentier passe à flanc d’éboulis, remontant toujours plus haut dans la noirceur de la grotte. Un petit laquet improbable finit par se révéler à nous, en amont de la rivière. Ce sera notre arrêt final avant le retour.
Nous prenons une petite pause pour discuter et poser nos questions au guide. Je me perds dans la contemplation des reflets de l’eau sur les parois. Lentement, le froid de la cavité s’insinue dans nos dos que l’effort a rendu humides. On sent bien les 5 degrés. Il est temps de faire demi-tour et de rejoindre la canicule qui nous attends à l’extérieur.
Le retour se déroule sans anicroche. Descendre, suivre le long de la rivière, marcher, traverser l’étroit boyau, marcher, traverser le cours d’eau de cailloux en cailloux, marcher, sauter sur la barre de fer, longer la petite corniche avec la main courante, … Le temps passe, s’étire, se contracte. Depuis combien de temps sommes-nous là ?
Nous remontons le fil de notre chemin et lorsque le tunnel EDF débouche sur la fournaise extérieure, le jour a déjà commencé à décliner. Il nous faut quelques instants à cligner des yeux pour s’habituer à la clarté du ciel.
L’expérience était fantastique. Errer dans le cœur de la montagne, goûter les ténèbres, le silence, le froid des rochers, ne peut que rendre plus plaisant le retour à l’extérieur. Comme c’est bon de revoir des fougères, des arbres, entendre les oiseaux, sentir la chaleur du soleil. Et là, sous nos pieds, dissimulés par des kilos de roches, les méandres d’un des réseau karstique les plus grands d’Europe. Dessous, dessus, j’adore explorer les différentes facettes de notre monde.
Jour 9 à 14 – samedi 16 au jeudi 21 août
L’une des surprises réservées par notre visite à La Verna était de la taille d’un oeuf, sur le pneu avant gauche de la voiture. Elle nous a été signalée par un autre visiteur, qui nous a dit d’un ton railleur que tout de même, c’était un peu dangereux de rouler « comme ça ». Perplexes face à la première hernie de pneu que nous n’ayons jamais vue, Florian et moi n’avons su que faire, et nous sommes rentrés sans plus d’inquiétudes.
Quelques heures et recherches internet plus tard, les yeux cernés de fatigue et une ride d’angoisse creusée sur le front, on se rend compte que c’est très dangereux de rouler avec, et qu’il faut au plus vite remplacer la roue. La hernie est-elle arrivée à cause des chemins bosselés du camping d’Iraty ou le choc contre le trottoir à Saint-Jean-Pied-de-Port, personne ne le saura… en tout cas, exit notre épopée à venir à la Pierre-Saint-Martin, trop loin de la civilisation pour risquer de devoir appeler un dépanneur. Nous prenons immédiatement la direction du garage le plus proche. Hélas, notre pneu n’existe que sur commande et ne pourra arriver que … Le jeudi suivant, soit cinq jours plus tard, à Pau !
Et c’est ainsi que nous nous sommes résignés à passer les jours suivants dans un camping à côté de la ville, à attendre avec impatience notre rendez-vous chez le garagiste.
Nous avons un peu amélioré notre confort, optant pour une mini-habitation : une sorte de camping-car de vélo contenant un lit deux places, avec une table et deux chaises à l’extérieur, sous un tarp. Avec notre hamac tendu entre deux arbres et notre mini vidéo-projecteur pour regarder des films le soir, on a une installation plutôt sympathique. Le décor laisse à désirer, après la forêt d’Iraty et la campagne tranquille de Licq-Athérey. Le sol est si sec qu’il n’y a presque plus un brin d’herbe, les feuilles des arbres tombent comme en automne.
Pour fuir la chaleur est écrasante et l’ennui des jours qui s’étirent, nous allons au cinéma du centre commercial à 5 minutes presque tous les jours, profiter de la clim et des profonds fauteuils. On entretien nos chaussures, on dort, on mange, je dessine et Flo lit dans le hamac. Les jours défilent, les gens passent et s’en vont.
La veille de notre rendez-vous, mon téléphone sonne : c’est le garage, et ils ne sont pas sûrs d’avoir notre commande pour demain. Blanche comme un linge et bégayante, je parviens néanmoins à leur expliquer notre situation, et le vendeur un peu gêné me dit qu’ils nous contacteront demain matin pour confirmer ou pas qu’ils ont notre pneu. Le rendez-vous est maintenu.
Le lendemain matin, le téléphone nous réveille. Le pneu est là. Nous sommes sauvés !
Jour 15 – vendredi 22 août
Avant de repartir en direction de nos chères montagnes, nous passons notre dernière journée au zoo de Lescar, grâce à nos nouveaux pneus tout beaux. La visite fut incroyable : des tortues de taille d’un roc, des aras multicolores, des fourmilières de plusieurs kilomètres de long suspendues au-dessus de nos têtes, des papillons géants, une balade au milieu des chèvres et des moutons, des perruches et des oiseaux exotiques, des flamants roses, … Avec une équipe aux petits soins pour les animaux et prêts à répondre à nos questions, ce fut une superbe découverte. Je n’aime pas les zoos, j’ai toujours mal au cœur pour les animaux. Malgré tout j’ai passé un très bon moment dans celui-là.
Nous tentons une visite de Pau, mais au bout d’une heure de marche dans la ville, nous abandonnons : trop de béton, trop de gens pour nous.
Jour 16 – samedi 23 août
Corniche des Alhas
Là où nous allons aujourd’hui, il n’y a pas grand monde. La route suit les méandres d’une vallée encaissée pour dépasser la petite ville d’Eaux-Chaudes.
La corniche des Alhas se trouve sur un bout de notre sentier de grande randonnée préféré, le GR10. C’est une bouffée d’air bienvenue après une semaine passée à côté de la ville. Le sentier grimpe dans la forêt pour nous amener vers la corniche. Elle serpente quelques centaines de mètres à flanc de falaise, dominant une mer d’arbres verdoyante. Ça sent bon les pins, il y a un peu de gaz quand on regarde en bas, c’est une belle balade.
Ce petit détour nous fait arriver en fin de journée à Accous, un village aux rues étroites qui semble avoir poussé entre les montagnes comme un petit champignon. Nous y avons loué une chambre dans un gîte. Nous ne résistons pas à l’envie d’aller jusqu’à Lescun pour un apéro en face-à-face avec les montagnes de la vallée d’Aspe : depuis un petit kiosque, la vue est parfaitement dégagée sur le Pic d’Anie, les Orgues de Camplong, l’Aiguille d’Ansabère, et la Table des Trois Rois que nous avons prévu de grimper le lendemain même.
Jour 17 – dimanche 24 août
Au petit matin, nous quittons notre lit douillet pour prendre la voiture jusqu’à Lescun dans la fraîcheur piquante de l’aurore. La randonnée jusqu’à la Table des Trois Rois s’annonce longue et ardue, avec plus de 1600m de dénivelé à avaler en montée, et en descente évidemment. C’est un beau défi pour ce qui sera le dernier jour de notre séjour dans les Pyrénées-Atlantique.
Le sentier démarre sur un doux plateau d’herbes sillonné de rivières. Quelques pins ajoutent un peu d’ombre, une table de pique-nique invite déjà à la détente devant les grandes faces pâles des montagnes qui se dressent avidement vers un ciel bleu immaculé.
D’apparence impénétrable, un pas après l’autre le sentier révèle le passage vers les hauteurs. Sur un terrain abrupte et ensoleillé, nous quittons la forêt pour les alpages. Le Pic d’Anie nous tient compagnie sur notre droite presque toute la montée, son sommet un peu rond luisant comme une boule à Z sous le soleil. En plissant les yeux, on peut y distinguer des petites silhouettes en fluo.
Suivis par un troupeau de brebis voraces, nous nous dépêchons de traverser les alpages. Des bergers montent la garde devant les cayolars d’Anaye. Le plus ancien doit sortir directement de mes livres d’histoires avec sa barbe en broussaille, la peau tannée par le soleil, les bras croisés sur son bâton et sa chemise à carreaux en coton épais.
Nous atteignons bientôt les arres caractéristiques de cette région karstique. Nous mangeons perchés sur un caillou pour contempler le paysage chaotique.
De grandes crevasses creusées au fil des siècles par l’eau qui s’infiltre dans la roche ont déchiré le sol selon un schéma imprévisible. Il faut avancer en suivant prudemment les cairns pour ne pas perdre trop d’énergie à chercher son chemin. La vallée verdoyante nous semble bien lointaine, du haut de notre désert minéral.
Après une montée interminable, la Table et le Pic des Trois Rois se dessinent enfin devant nous. Comme il est un peu tard, nous choisissons de gravir seulement le Pic. Un petit château de métal est posé au sommet, honorant ce sommet au croisement de trois anciens royaumes (Aragon, Navarre et la France).
Nous ne traînons pas trop au sommet car l’heure tourne et la descente promet d’être très longue. Nous sommes montés par le col d’Ourtet, et comme on aime pas passer deux fois au même endroit quand c’est possible, nous redescendons par le col de Lhurs pour rejoindre la cabane et le lac du même nom, en passant par un sentier décrit comme « très raide » et même un peu casse-gueule, presque tout droit dans un pierrier.
La première partie de la descente n’est pas trop difficile et même un peu rigolote, car il faut se glisser entre les barres rocheuses, comme dans un labyrinthe. L’arrivée dans le pierrier est beaucoup moins drôle. C’est le genre de terrain qui me fait vraiment très peur, avec les pierres qui roulent sous les pieds le long des interminables pentes, terminant plusieurs centaines de mètres plus bas. Après quelques pas hésitants et franchement tremblants, nous retrouvons un peu nos marques grâce à nos cours de « ski sur pierrier » des randos dans les Alpes.
Quelques heures plus tard et avec un sacré mal aux pieds, nous retombons sur le chemin du parking avec une magnifique vue sur les Orgues de Camplong. Elles se teintent de couleurs pastels dans le soleil de la fin de journée. Nous auront finalement passé 10h sur notre « petite » montagne, dont la moitié à marcher et l’autre à contempler (et manger).
C’est les yeux et le cœur repus de toute la beauté des paysages de l’ouest des Pyrénées que nous repartons le lendemain en direction des nos Pyrénées, côté est, avec la forte conviction que ce ne sera pas la dernière fois que nous venons par ici.
– Fin du voyage –
Merci d’avoir suivi cette aventure avec nous ! ❤️
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